Présentation

Cadrans, site de création contemporaine, est un support d’expérimentation, d’étude et d’archivage à la croisée des mondes de l’art. Dans un compagnonnage entre artistes, chercheurs, poètes, musiciens, il s’élabore depuis 2013 comme un outil de mise en oeuvre, au sens littéral du terme, opérant à l’échelle des cadres et des contextes collectifs de l’acte de création. Dans la filiation de l’histoire des avant-gardes artistique, des entreprises contemporaines de recherche-création inscrites dans une anthropologie critique de la modernité, cadrans formule les enjeux de l’art à partir de l’ensemble des gestes, actions, performances qui composent chaque jour nos manières d’être « contemporains » dans le monde. 

L’approche artistique développée par cadrans s’inscrit dans une perspective à la fois anthropologique, critique et politique. 

La dimension anthropologique repose sur une conception du travail de création, de sa visibilisation et de sa critique, non enclose a priori dans les institutions et les pratiques légitimes issues de la modernité « occidentale ». Dans une optique large, elle implique la recherche d’une relativisation et d’un décentrement des cadres d’interprétation ayant cours dans le champ strict des arts contemporains, par l’épreuve de discours et de pratiques relevant d’autres formes de contemporanéité (mondes extra-occidentaux, conflits de modernités, etc.). Dans une optique plus locale, voir micro-locale, elle invite aussi à interroger l’ensembles des pratiques qui structurent notre être au monde au quotidien, regardant à une échelle fine les agencements, recompositions, hybridations des êtres et des rôles dans le cours variable de l’action humaine. A travers des formes d’expérience assimilables à des pratiques d’enquête (au sens ethnographique du terme), notre attention se porte alors sur la pluralité des êtres sociaux, humains et non humains, qui peuples et configurent continuellement nos éco-systèmes de vie.

De cette approche anthropologique découle naturellement un volet critique. Dans la continuité de la pensée des avant-gardes occidentales, cadrans prête une attention égale aux pratiques historiquement reliées aux traditions des arts visuels, verbaux et musicaux en particuliers, qui posent chacun à leur manière le problème de l’oeuvre et de la création en contexte de modernité. Poser la question de l’art à partir de la mise en relation des champs artistiques les uns par rapport aux autres incite dès lors à une réflexivité sur les contextes sociaux, les formes, les supports, les habitus et les modes d’existence marquées par l’enjeu du faire oeuvre ensemble. Il n’y a pas toujours de sens à prétendre que les pratiques artistiques seraient les plus « créatives » parmi l’ensemble des pratiques définissant les modes d’existence des humains ; elles sont peut-être seulement celles à partir desquelles s’est construite une culture de la création comme valeur et comme performance dans le système culturel de la modernité. À partir de ce postulat, on peut interroger tout particulièrement les conditions d’énonçabilité, d’incarnation et de performance des enjeux de l’art en marge des positionnements artistiques homologués. On soulignera notamment les diverses formes d’appropriation (et de domination) souvent pratiquées dans les mondes de l’art à partir de la position capitalistique de l’artiste ou de l’auteur.

L’ensemble de ces vues convergent vers une démarche de création inscrite dans une compréhension élargie de l’art, dans son rapport à l’ordinaire comme dans les implications politiques de la relation de création en co-présence. Les formes réflexives des arts d’avant-garde, sous la forme de l’ « événement », du « happening », s’associent alors à une démarche de visibilisation et de symétrisation des régimes de croyance réunies dans une même communauté de lieu et de temps. Héritières d’une conception warburguienne de l’art, de roman total et de l’épopée, elle-même élaborées à partir de la position de l’individu contemporain ordinaire assimilée à la figure de l’enquêteur, les actions organisées par cadrans constituent chacune le chapitre d’une oeuvre-monde, documentée et en partie restituée sur le site cadrans. Le site cadrans se pose en lui-même comme un outil d’enregistrement et d’élaboration théorique (« conceptuel »), suscitant en retour l’émergence de nouveaux contextes de création in situ : une « création créante », en somme, ou méta-oeuvre donnant lien à différentes entités collectives autonomes destinées à s’implémenter dans divers contextes (atelier des transparents, studio mandoline, festival des deux fleuves…)

Dans une visée souvent u-topique, au sens poétique et politique du terme, cadrans dessine le cadre dynamique, à la fois unique et pluriel, au sein duquel est posée centralement le problème de la politicité du collectif humain en formation. Virtuel, potentiel, effectif par moments programmés comme par hasards impérissables, le collectif artistique s’instaure, voyage, se transforme à travers une multiplicité de cadres sociaux (rencontres ordinaires, dialogue poétique, recherche scientifique, performances artistiques, activisme, etc.), qui nous disent quelque chose de l’agir humain dans ses diverses modalités éthiques et expressives. Donnant la parole aux formes, aux êtres et aux acteurs du champ social en général, sensible à toutes les scènes de la culture des modernes, le modèle cadrans fonctionne hors internet comme une hypothèse poétique opérante, touchant à toutes les modalités de la relation entre les humains et les non-humains — ce qu’on appellera ici de façon générique : l’art.

 

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